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[TMN#32] Vous Reprendrez Bien De La LPPR ?

 

 

Darwin ou Darwin (voix grave) ?

Lors de la cérémonie des 80 ans du CNRS, Antoine Petit, son président, a appelé à une grande loi « darwinienne », « inégalitaire », avec le sens suraigü de la formule à l’emporte-pièce qu’on lui connait.

Mais il y a deux Darwin : le grand Charles, pour qui survie rime aussi avec empathie. Et son double maléfique, Herbert Spencer, qui a pensé le darwinisme social, libéral et violent.

Au vu des annonces futures de la loi de programmation pluriannuelle de la recherche, la question est maintenant : qui gagnera à la fin ? (Même si on a une idée).

Bonne lecture,

Laurent de TheMetaNews

PS. Ne ratez pas l’interview de Quentin Glorieux dans cette news , qui a tenté le concours de l’Ena réservé aux doctorants, elle vaut le coup.

La semaine prochaine dans TMN. On analysera ensemble les conséquences de ce décret sorti le 27 novembre au Journal officiel et qui change la donne pour les chercheurs qui ont des activités hors labos, surtout dans le privé. 

Plus de fonds
mais plus de pression 

Le calendrier est maintenant connu. Lors de la cérémonie des 80 ans du CNRS (en voici la retransmission intégrale), le président Emmanuel Macron a donné le tempo. Le texte de la loi de programmation pluriannuelle de la recherche devra être présenté au conseil des ministres « entre mi et fin-février ». Dans un exercice de questions/réponses bien rôdé avec un panel de chercheurs triés sur le volet, il a également pris le temps d’exposer sa vision de la LPPR. Au moins trois mesures y seront intégrées sans coup férir :
  • L’introduction d’un CDD de chantier (ou d’un « CDI de projet », c’est selon) dans la recherche car, selon le président, « il n’y a pas de continuum en France entre la précarité et la titularisation, il faut une sorte de sas ».
  • La suppression des autorisations de cumuls d’activité a priori : « La loi les fera sauter (…) ça crée de la confiance et ça responsabilise ». Reste à trancher le cas des contrôles a posteriori pour éviter les abus.
  • Last but not least, une refonte de l’évaluation des chercheurs. « Vous avez trop d’évaluations qui ne servent à rien (…) il en faut moins mais en tirer les conséquences », a asséné le président. On est là au cœur de l’esprit « darwinien » (voir notre édito ) de la loi. 

La spécialité de Thomas Ebbesen, qui a reçu sa médaille d’or du CNRS des mains du président, est de faire passer des photons par de tous petits trous. A-t-on vu la lumière le 26 novembre dernier ? En un sens oui, comme l’a déclaré Emmanuel Macron, qui s’est engagé à sortir le chéquier : « je crois dans la nécessité d’un investissement dans la recherche publique, car c’est un choix de souveraineté », tout en rappelant la faiblesse des dotations de l’Agence nationale de la recherche. Reste à savoir combien, comment et surtout à qui iront ces financements.

Laurent Simon

56%

des doctorants veulent faire un postdoc

C’est ce que révèle l’enquête de Nature sur les doctorants, dont un des volets porte sur la carrière des jeunes chercheurs. Leur motivation principale pour rester dans l’académie : après leur thèse, ils sont encore plus passionnés par leur sujet de recherche.

Doctopus au chevet
des doctorants

Doctopus a révélé ce matin les résultats de son enquête réalisée auprès de 1200 docteurs en France. On espère que vous ne faites pas partie des 52% qui sont en mauvaise santé mentale. Si vous êtes un homme hétérosexuel, vous avez moins de chance de manifester certains symptômes, principalement des troubles anxieux, nécessitant un suivi psychologique. Les femmes et les doctorants homosexuels sont les plus touchés, en plus d’un sentiment de discrimination général. Sûrement pour compenser, la consommation de tabac, d’alcool et de cannabis des doctorants est plus élevée qu’en moyenne en France, ainsi que celle de sédatifs hors prescription médicale (7,5%).

Anxieux… mais satisfaits
Dans un climat de compétition et de manque de visibilité professionnelle, demander de l’aide peut être perçu comme un signe de faiblesse. D’après une autre enquête récente réalisée par Nature au niveau mondial, 36% des étudiants ont cherché de l’aide pour soigner une anxiété, voire une dépression causée par le doctorat. Il faut dire que plus de 71% travaillent plus de 41 heures par semaine et 21% sont victimes d’harcèlement ou de discrimination. Malgré ça, on souhaite que vous rentriez dans les 75% satisfaits de leur décision de faire une thèse…

Lucile Veissier

« J’ai fait le show du scientifique décalé et passionné »

C’est tout nouveau, l’ENA a ouvert un concours spécial pour les docteurs. Les résultats de l’oral sont tombés le 14 novembre. Parmi les trois admis, le seul chercheur est Quentin Glorieux. Il nous raconte ses motivations et le déroulement du concours.

Qu’est-ce qui pousse un physicien comme vous à vouloir entrer à l’ENA ?
QG 
Au départ, cette démarche était une blague. Il y avait 300 candidats pour 3 places, donc je n’y croyais pas du tout. J’aimerais partir de la région parisienne, mais avec mon poste de maître de conférences (MC), c’est très compliqué. Personne ne me donnera un poste de MC dans une autre université parce que j’en ai déjà un, et pour les postes de professeur c’est encore plus dur : zéro poste (hors promotion) dans ma section l’an dernier, et je suis encore assez jeune. Alors pourquoi ne pas tenter l’ENA ? Avoir un boulot qui ne sert à rien, c’est cool, mais avoir un impact et de l’influence, c’est aussi très attirant.

Les épreuves du concours étaient-elles difficiles ? 
QG 
Non, et c’était assez marrant. L’écrit consistait à rédiger une synthèse sur les réglementations des nitrates dans l’agriculture. La partie scientifique était très simple, principalement des statistiques, mais il fallait aussi donner des recommandations. Je pense qu’ils attendaient des avis politiques tranchés. L’oral d’analyse politique était impressionnant, et les membres du jury étaient de haut niveau. L’épreuve comportait une mise en situation à propos de la nouvelle loi européenne qui vise à supprimer des contenus haineux ou diffamatoires sur Facebook. Il se trouve que j’en avais parlé avec une copine juriste la veille ! Puis ils m’ont posé des questions « random », sur Greta Thunberg par exemple. Je ne connaissais pas les codes, j’ai fait le show du scientifique décalé et passionné.

Donc vous allez arrêter la recherche ? 
QG
 Je vais assister à la semaine de remise à niveau pour les trois docteurs, puis je déciderai. La rentrée est le 6 décembre, et durant les deux ans d’études, il y a beaucoup de stages, dont certains à l’international. A la sortie, les premiers postes sont pensés pour des jeunes de 26 ans, et j’ai peur de me retrouver attaché de quelqu’un, à presque 38 ans. Et surtout, il y a trop d’inertie, trop de codes dans ce milieu. C’est attirant car je ne le connais pas, mais j’ai très peur de ne pas résister face à la malhonnêteté intellectuelle, à la manipulation, à la flatterie. J’ai déjà du mal au conseil d’administration de la fac…

Propos recueillis par Lucile Veissier
Crédit photo Céline Le Guyader

Quelques infos en passant  Les sénateurs taillent des croupières à la loi de financement pour 2020 concernant la recherche  Le CNRS (il en est beaucoup question dans cette news) lance un site dédié à la science ouverte Le collectif NoFakeScience veut créer un Science media center à la française pour réconcilier science et média. Le plus dur reste à faire L’Italie n’avait pas d’agence nationale de la recherche indépendante, ce devrait être bientôt chose faite

Notre revue de presse express

ET POUR FINIR

Ces astronautes américains à bord de l’International space station ont raté le black friday mais ont tout de même souhaité à leurs compatriotes (et à vous donc, un peu en retard) un joyeux thanksgiving.

 

 

 

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