InsideLab

Loin des yeux, loin du cerveau ?


 



3 avril 2020 /// L’actu des labos

Le temps
élastique

Quoi, on est déjà vendredi ? Pour certain·e·s, entre le télétravail, l’école pour les enfants, la maison à tenir, le temps file ! Sans compter l’enseignement à distance, notre sujet de cette semaine. 

D’autres ont plus de temps libre et s’ennuient ou ont du mal à se concentrer. Quelle que soit votre situation et si le cœur vous en dit, répondez à notre grande enquête #ParlonsRecherche !

Bonne lecture et bon courage,
Lucile

Si vous n’avez que 30 secondes

• Notre enquête sur le plan de continuité pédagogique
• Un brief sur vos étudiants confinés
• L’interview de Julien Gossa, enseignant-gamer
• Votre revue de presse express


A partir d’ici 5′ de lecture. A tout de suite.

Les enseignants-chercheurs
accros au PCP 

Depuis le premier cas de Covid-19 à Tolbiac le 12 mars, toutes les universités ont fermé leurs portes ; enseignants et étudiants se retrouvent projetés dans un monde inconnu, celui des plans de continuité pédagogique (PCP). 

Non pas ce PCP là, heureusement (explication)
« Les équipes pédagogiques sont au boulot. Les universités ne sont pas fermées », Gilles Roussel se veut rassurant à l’ouverture de la conférence de presse de la conférence des présidents d’université (CPU) ce mercredi 1er avril (ce papier ne contient aucun un poisson d’avril). Son vice-président Olivier Laboux se félicite même de la rapidité de la mise en place de la continuité pédagogique en ligne : « Nous avons mis cinq jours à faire ce qui était prévu en cinq ans sur le schéma numérique ! ».
D’abord l’explosion
En réalité, les services numériques des universités n’étaient pas si bien préparé à ce « flux digital qui explose ». Les plateformes Moodle, mises à la disposition des enseignants pour créer des modules en ligne sont notamment aux abonnés absents, malgré leur utilité pour mettre en place des QCM (questionnaire à choix multiple) afin que les étudiants s’entraînent. Enfin, les outils de Renater, pris d’assaut, n’étaient « nullement conçus et adaptés pour l’enseignement à distance ».



Les enseignants sont donc plus critiques : « Tout le monde essaie de faire comme avant, mais ça entraîne une augmentation de la charge de travail », confie Julien Gossa. Beaucoup d’enseignants se sont en effet rabattus sur Zoom ou Discord, qui peuvent respectivement accueillir jusqu’à 100 et 50 participants – et pas que pour des apéros. Alternativement, Skype marche toujours pour les plus attachés aux outils qui traversent les décennies et Teams peut aussi être une solution pour ceux qui ont un accès pris en charge par leur établissement. Bref, il faut s’adapter et ça prend du temps.
Puis vient la compréhension

Et il faut garder le contact avec les étudiants. Quel message leur faire passer ? Ferme pour éviter la démobilisation ou bien compréhensif pour ne pas ajouter du stress à la situation ? Caroline Muller, enseignante à Rennes 2, milite pour la deuxième option. Dans un message humain adressé à ses étudiants, elle leur propose « de garder un peu d’activité intellectuelle et d’éviter un « décrochage » trop violent, pas de préparer à tout prix tout ce qui était prévu ».

« On ne fait pas moins bien, mais différemment ! Les maîtres-mots doivent être humilité et confiance. » 
Olivier Laboux,
vice-président de la CPU 

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Plus de compréhension pour les étudiants mais aussi pour les enseignants, c’est ce qui transparaît dans la nouvelle version du fameux plan de continuité pédagogique (PCP) mis à jour le 1er avril – toujours pas de poisson – plus détaillée que la première version qui restait floue. La CPU aussi se veut rassurante : « Il faut garder une charge de travail soutenable pour les étudiants mais aussi mesurer la fatigue des équipes enseignantes pour tenir l’effort dans la durée », répond Christine Gangloff-Ziegler à TheMetaNews. Quand à Olivier Laboux, il reste optimiste : « On ne fait pas moins bien, mais différemment ! Les maîtres-mots doivent être humilité et confiance aux équipes pédagogiques. »
Au final, pas de flicage
Et l’évaluation ? Cette semaine Frédéric Restagno, chercheur au CNRS et responsable d’un parcours du Master 2 de physique de l’ENS, organise les examens pour ses 25 étudiants. « Avec l’équipe pédagogique, on pense à un système de “pass or fail”, avec deux notes possibles : 10 ou 16/20 », raconte le physicien. Selon les professeurs, ce sera examen oral par Skype ou examen écrit en surveillance via l’application Zoom, le tout en mettant « un minimum de pression aux étudiants ». Bien d’autres options existent, comme le montre le travail du collectif de Strasbourg. Restera à trancher !

Ailleurs dans le monde

Des infos en passant //////// Envie de parler open science et évaluation mais à bonne distance ? Inscrivez-vous au webinar DORA du 7 avril //////// Des trucs et astuces pour travailler à distance par Huma-Num //////// Une nouvelle invitée parmi les auteurs de publis : Camille Noûs ////////

De l’autre côté
de l’écran 

Vous avez du mal à savoir ce qui se trame dans la tête de vos étudiants confinés ? Une étudiante de master raconte la culpabilité ressentie par ceux qui n’arrivent pas à se concentrer mais à qui il est imposé de continuer coûte que coûte. Pour d’autres, c’est tout ou rien : soit le silence radio, soit une surcharge de travail. Le billet accuse au final l’esprit de compétition qui sévit dans les universités au détriment de l’équité. En Bretagne, le syndicat étudiant Unef demande l’annulation des partiels. Enfin, une vlogueuse dévoile son quotidien d’étudiante confinée.

Trois questions à… Julien Gossa

« Tout le monde a compris
que la fin de l’année était cramée »

Ce maître de conférence à l’Université de Strasbourg Gossa dénonce des manquements et nous livre son expérience d’enseignant à distance. 

Quelle est la grande différence entre enseigner en présentiel et à distance ? C’est maintenant qu’on se rend compte à quel point la présence physique est importante. L’enseignement à distance est beaucoup moins efficace, et demande plus de travail de la part des étudiants également, qui s’en plaignent. Combien suivent les cours en ligne ? Nous n’avons pas le temps de faire le décompte. De toutes façons, on ne peut pas distinguer ceux qui sont démotivés de ceux qui doivent travailler au supermarché ou s’occuper de leur petite sœur. 

Comment s’organisera l’après-confinement d’après vous ? Il y aura une période où on ne pourra pas travailler. Certains seront en deuil, d’autres voudront partir en vacances ou rester en terrasse. On ne pourra pas organiser des examens le lendemain. Il faudra au moins prévoir une semaine de vacances pour tout le monde. De toutes façons, tout le monde a compris dès le début du confinement que la fin de l’année était cramée.

Et en pratique dans vos cours ? En DUT informatique, on est tous des “gamers”, donc l’utilisation de Discord était naturelle, d’autant plus qu’elle permet la discussion par canal audio. Pour la validation des modules déjà entamés, je prône l’auto-évaluation, qu’on discute ensuite. En effet, je ne connais pas les conditions de travail des étudiants et je pense qu’il faut leur faire confiance : ils sont assez matures et savent ce qu’ils méritent.

Votre revue
de presse express

Et pour finir…

Ça partait d’une bonne intention. L’astrophysicien Daniel Reardon a expérimenté sur lui-même un système d’aimant pour empêcher de se toucher le visage et donc éviter les contaminations au Covid-19. Il a malheureusement fini à l’hôpital, mais on lui souhaite bon rétablissement !

 

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