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InsideLab

Le Covid-19 bouscule tout



 



13 mars 2020 /// L’actu des labos

La dictature
de l’urgence

La recherche peut-elle travailler dans l’urgence ? C’est l’impression donnée ce 11 mars par le ministère qui annonce le financement de vingt projets pour lutter contre l’épidémie de Covid-19.

Le virologue Bruno Canard dénonce au contraire le désengagement des pouvoirs publics hors période de crise et pointe les conséquences du financement par à-coups de la recherche fondamentale.

Bonne lecture,
Lucile de TMN

Shutdown au labo ?

Dans son allocution télévisée le 12 mars, Emmanuel Macron a annoncé la fermeture à compter de lundi des universités. Tolbiac n’aura donc fait qu’anticiper l’inéluctable. Nous avons déjà eu des retours de chercheurs modifiant leur routine de travail. Et vous ?

>> Je témoigne en répondant à ce mail <<


A partir d’ici 4′ de coronalecture.

Comment le Covid ébrèche les paywalls 

Vu l’urgence, les publications scientifiques sur le virus ont été en partie mise en accès libre. En partie seulement.

La fièvre gagne le monde de l’édition scientifique. La pétition à l’initiative de Free Read pour l’ouverture des publications sur le Covid-19 vient de se clore avec plus de 1900 signatures recueillies. Dès le 31 janvier dernier, Wellcome Trust appelait les éditeurs à rendre libre l’accès aux publis sur le sujet. Ce qu’ils ont fait… mais en partie seulement. Sur environ 14 000 publications portant sur le Covid-19, moins d’une sur deux est en accès libre et elles font référence à environ 200 000 articles, toujours en accès payant pour la plupart.

Compilations libres
Tout cela a généré de nombreuses critiques (
ici, , voir notre interview de Vincent Larivière ). Au point que le Los Angeles Times s’interroge : les éditeurs vont-ils survivre à la crise ? Ils essaient en tous cas de rebondir : Nature a lancé une plateforme d’open peer-review pour répondre à l’urgence. En parallèle, de nombreuses initiatives visent à collecter et mettre à disposition du plus grand nombre les travaux sur le Covid-19 (WHO, Harvard, ou JOGL, une association française).

Des infos testées positives au Covid-19 //////// 70 personnes ont été contaminées suite à une conférence à Boston //////// Les visites seront interdites au CERN à partir du 16 mars //////// Des enseignants ré-inventent leur cours sur Twitch //////// Un chercheur américain en quarantaine raconte son séjour en Chine //////// 115 millions de dollars donnés pour la recherche sur le Covid-19 aux Etats-Unis par une entreprise chinoise //////// Une des plus grandes conférences de physique est annulée //////// Les étudiants de Harvard doivent évacuer les dortoirs //////// Des fraudes, il y en a même dans les publications sur le Covid-19 //////// Et voilà pourquoi il faut laisser les journalistes politiques en dehors de tout ça (surtout aux Etats-unis) ////////

Rien à voir avec Covid-19

28 %

C’est la proportion de chercheuses en France, d’après le dernier rapport du ministère sur l’égalité femmes-hommes. Notre pays se trouve en pied de classement au sein de l’Union européenne, dominée par la Roumanie où 46% des chercheurs sont des femmes.

Trois questions antivirales à…

« La Chine a réalisé l’ampleur du problème »

Vincent Larivière et ses collaborateurs ont analysé la transmission des connaissances sur le Covid-19. Ils dénoncent les dysfonctionnements du système de publication. 

Suite à l’appel du Wellcome Trust, de nombreuses publications portant sur le covid-19 ont été mises en accès ouvert (voir encadré). Est-ce suffisant ? La réponse a été rapide mais je pense qu’il s’agissait avant tout d’un exercice de relation publique de la part des maisons d’éditions. Elles ont vu là l’opportunité de gagner en capital sympathie mais si elles avaient vraiment à coeur le partage de la connaissance, elles ouvriraient l’accès à toutes les publications, sans attendre une autre crise.

Quel rapport entre le Covid-19 et la décision du gouvernement chinois de ne plus payer de primes à publication ? Fin 2019, après avoir constaté à Wuhan les premiers cas, les chercheurs chinois sont rentrés à Beijing et qu’ont-ils fait en premier ? Ils n’ont pas préparé un document en chinois pour alerter les autorités mais ont rédigé un article en anglais pour le soumettre dans une grande revue et toucher la prime à la publication. Comme si c’était une recherche comme les autres, qu’elle n’avait pas de conséquence. Le gouvernement chinois a réalisé l’ampleur du problème et change maintenant de paradigme.

Mais n’est-il pas aussi nécessaire de publier en anglais pour rendre accessible les résultats à la communauté internationale ? Avoir une langue commune n’est en réalité pas très ancien. Lorsque Einstein a publié sur la relativité générale en 1911, il l’a fait en allemand. Et tout le monde s’est bien débrouillé pour le traduire. Aujourd’hui, le poids repose uniquement sur les épaules des non-anglophones, alors qu’on dispose d’outils de traduction assez efficaces. Et surtout, il y a des conséquences : une langue apporte sa culture et ses biais. Le choix de la langue commune est avant tout politique.

Crédit photo : Amélie Philibert

Des infos testées négatives au Covid-19 //////// Des universités dans le classement des meilleurs employeurs au Canada de Forbes //////// Et si le hasard était la solution pour lutter contre les biais du peer-review ? //////// Les citations ne sont pas un bon metric pour évaluer la qualité ou l’impact d’un article, sur arXiv //////// Et pourquoi ne pas former des champions de la rigueur pour éduquer l’ensemble de la communauté ? //////// Un sondage sur la fuite des cerveaux australiens révèle que la précarité en est une des principales causes ////////

Votre revue
de presse express

  • Ce qui ne tue pas la réput… Certains chercheurs ont commis de grosses erreurs qui les ont obligés à retirer leurs publications. Mais ils ont énormément appris ! Nature Index compile leurs témoignages. 

Et pour finir…

Ne demandez pas l’avis de Jürgen Klopp, entraîneur de Liverpool, sur le Covid-19. Ca l’énerve et on voit pourquoi : il n’est pas compétent pour répondre. On lui décerne la médaille Fields du bon sens et de l’humilité. Cliquez sur l’image, ça vaut le coup.