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La science va plus vite que la loi, selon Philippe Berta

 

 



 Philippe Berta à la tribune 

« La science va trÚs vite, la loi ne suit pas »

Pour ce député chercheur, le cadre actuel de la loi bioéthique ne convient plus.



Philippe Berta est généticien

Nous allons, certainement en mai, aborder les derniĂšres discussions autour de la  loi bioĂ©thique. Ce ne sera malheureusement pas une trĂšs grande loi de bioĂ©thique. Historiquement, deux types de sujets y sont traitĂ©s : les sujets sociĂ©taux d’une part — la PMA pour toutes en est un exemple — et les sujets de recherche, que je suis souvent amenĂ© Ă  porter. Les lois de bioĂ©thique sont des textes compliquĂ©s, techniques, oĂč il est question Ă  la fois d’enregistrements d’activitĂ©s cĂ©rĂ©brales, de diagnostic prĂ©implantatoire, de sĂ©quençage haut dĂ©bit Ă  des fins rĂ©crĂ©atives


« Il faut une loi spécifique à la recherche »

Je prĂ©conise de dĂ©coupler la partie scientifique et la partie sociĂ©tale et de crĂ©er des lois spĂ©cifiques Ă  la recherche. La science va trĂšs vite, des questions se posent en permanence : or entre les premiĂšres discussions sur cette loi et la publication des dĂ©crets, il se sera Ă©coulĂ© dix ans. C’est beaucoup trop long, surtout dans un domaine comme la gĂ©nĂ©tique. Je ne prendrais qu’un exemple : CrisprCas9, qui a valu un prix Nobel en 2020 [si vous voulez tout savoir, NDLR] à Jennifer Doudna et Emmanuelle Charpentier. Cette technique majeure va changer la donne, non seulement chez l’homme mais aussi en agronomie : nous devrions nous poser dĂšs maintenant les bonnes questions. Et pourtant le vote de la prochaine loi de bioĂ©thique va se clĂŽturer sans que nous n’y ayons rĂ©flĂ©chi une seconde.

« Nous n’avons pas rĂ©flĂ©chi une seconde Ă  CrisprCas9 »

Je suis surpris par la peur et le rejet du mot gĂ©nĂ©tique. Le temps est comptĂ© dĂšs aujourd’hui dans des maladies comme l’amyotrophie spinale. Or du temps, nous en perdons annĂ©e aprĂšs annĂ©e : la France a Ă©tĂ© par exemple pionniĂšre dans la technique de fĂ©condation in vitro grĂące aux professeurs Frydman et Testart mais les taux de succĂšs n’ont pas Ă©voluĂ© depuis la naissance de la petite Amandine [regarder cette Ă©mission de 1982 sur le sujet, NDLR]. Contrairement Ă  de nombreux autres pays dans le monde, nous plafonnons Ă  15% ou 20% de succĂšs. La FIV est une pratique mĂ©dicale qui n’est ni sans consĂ©quences ni sans danger et s’apparente Ă  un vrai parcours du combattant pour les parents. La plupart des fĂ©condations, naturelles ou non, se soldent par un Ă©chec. En cause : une mauvaise rĂ©partition des chromosomes, qui rend l’embryon non viable Ă  l’exception de certaines trisomies, en particulier la 21. L’idĂ©e Ă©tait donc simple : pratiquer une numĂ©ration des chromosomes sur les embryons issus de FIV avant de ne rĂ©injecter que ceux qui ont une bonne chance de survie.

« Nous n’avons plus de temps Ă  perdre »

Les dĂ©bats dans l’HĂ©micycle ont Ă©tĂ© trĂšs violents sur le sujet. J’avais pourtant proposĂ© de tester dans certains cas, sur 150 couples ayant des risques gĂ©nĂ©tiques comme la mucoviscidose, ce dĂ©pistage prĂ©implantatoire. On m’a opposĂ© des arguments Ă©thiques du style “vous voulez Ă©radiquer les trisomies 21”, alors qu’avoir un enfant trisomique est d’ores et dĂ©jĂ  un choix. Ces accusations me font par ailleurs sourire : j’élĂšve depuis 20 ans ma belle-fille, qui est trisomique. Ce sujet a Ă©tĂ© enterrĂ© en mettant en place un comitĂ© de recherche pour refaire des expĂ©riences qui ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© faites Ă  l’étranger. Encore du temps perdu. Un dernier exemple : Ă  la demande de nos collĂšgues scientifiques, nous voulions soumettre l’utilisation de cellules souches Ă  une simple dĂ©claration et non plus Ă  autorisation, une procĂ©dure administrative chronophage pour les chercheurs. Une mesure qui a malheureusement Ă©tĂ© dĂ©tricotĂ©e par les sĂ©nateurs, sans que je n’ai aujourd’hui l’assurance de pouvoir la rĂ©tablir… Les calendriers de la recherche et celui du lĂ©gislateur doivent dorĂ©navant s’accorder. Nous avons assez perdu de temps.

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