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Doctorant, espèce en voie de protection

 

 



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16 octobre 2020 /// L’actu des labos

Qui peut le plus
peut le moins

A tous les âges et dans tous les milieux, les souffrances psychologiques et les troubles mentaux sont l’objet de tabous, de prĂ©jugĂ©s, voire de stigmatisation.

Dans le milieu ultra-compétitif de la recherche, la santé mentale des doctorants est particulièrement à risque ; à la fois apprenant et travailleur, leur statut est très particulier.

Qui fait bien ou mal ne sera pas ici le sujet – c’est une culture qui est à faire évoluer – mais la première étape du changement est le dialogue !

Bonne lecture,
Lucile de TMN

 

Ils sont beaux, ils font de l’inno. Elodie Chabrol va à la rencontre de chercheurs qui ont sautĂ© le pas. Second épisode avec Pauline Eveno, entre jazz et science. DĂ©couvrez le troisième dans quelques jours !

  << Ecoutez son témoignage >>  


5 minutes de lecture pas du tout déprimante


Tempête sous des crânes

Une phrase lancĂ©e, puis reprise et commentĂ©e Ă  l’infini, rouvre les plaies des doctorants en souffrance.

Comment mesurer la (dé)pression des doctorants ?

Tout a commencé par une petite phrase. « Un doctorant qui ne déprime pas, ce n’est pas un bon doctorant », ont entendu des étudiants de l’ENS Cachan à une réunion d’information le 5 octobre dernier. Paradoxe : le matin même, ils étaient conviés à répondre à une enquête sur les risques psychosociaux. Les réactions parmi ces potentiels doctorants ne se font pas attendre ; c’est l’emballement sur Twitter.

Le moment opportun. Un collectif étudiant dénonce dans la foulée les propos et l’absence de réaction des autres intervenants auprès du CHSCT. « L’idée n’est pas de viser des personnes mais des pratiques », affirme un de ses représentants. Il y a deux ans, des propos similaires avaient été rapportés, tenus par la même personne, à la tête de la commission attribuant les bourses doctorales. Le mandat de cette commission se terminant fin 2020, aujourd’hui, les langues se délient. 

« Les doctorants sont plutôt bien lotis à Paris-Saclay. »
Sylvie Pommier, directrice du collège doctoral
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Les ED enquêtent. Pour Sylvie Pommier, directrice du collège doctoral de Paris-Saclay « les propos sont peut-être maladroits, mais les doctorants sont plutôt bien lotis à Paris-Saclay ». Une enquête réalisée en 2019 révèle en effet que seulement 8% des doctorants ne sont pas satisfaits de leur accompagnement, le facteur prépondérant étant le manque de financement pendant la thèse.

Derrière les mots. Découragement, perte de confiance, blues passager, dépression… Tout le monde ne semble pas interpréter de la même façon le mot « déprimer ». Alors que les étudiants pensent tout de suite à des troubles psychosociaux, les encadrants relativisent en associant doute scientifique et perte de confiance en soi. Et donc la déprime comme une normalité ?

« Parler de sa souffrance est bien souvent difficile pour les doctorants. »
Adèle Combes, du projet Vies de thèse
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Un problème de génération ? « La nouvelle génération voit bien que la souffrance est souvent la norme mais refuse de plus en plus de l’accepter », analyse Adèle Combes (à réécouter dans Rendez-vous avec Matilda). Cette docteure en neuroscience a mené une grande enquête intitulée Doctorat et qualité de vie auprès de 1900 doctorants et docteurs. Les résultats sont édifiants : 33% ont vécu une dépression ou un burn-out durant leur doctorat.

La loi du silence. Comment expliquer une telle diffĂ©rence de chiffre ? Pour Adèle Combes, « parler de sa souffrance est bien souvent difficile pour les doctorants ». Et les raisons sont la plupart du temps liĂ©es Ă  la rĂ©putation : pression de l’encadrant – on lave son linge en famille – ou autocensure pour ne pas apparaĂ®tre faible devant des chercheurs qui jugeront potentiellement sa future candidature. Ne reste plus qu’Ă  dĂ©lier ce cercle vicieux.

Dans la boîte à outil
Des Ă©missions Ă  gogo

Calculer l’empreinte carbone de votre labo. Promis depuis quelques mois, l’outil GES1point5 est enfin disponible ! Totalement en ligne, il permet de calculer les Ă©missions de gaz Ă  effet de serre (GES) liĂ©es aux bâtiments et aux dĂ©placements Ă  l’échelle d’un laboratoire.

Qui peut le faire ? Toute personne habilitée par le directeur du labo. Récolter les données demande un peu de travail (qui peut être facilité par les équipes administratives) mais remplir le formulaire en ligne est rapide, selon le collectif Labos1point5 (à relire : l’interview de la co-fondatrice Tamara Ben-Ari).

Verdir la recherche. A court terme, l’objectif de Labos1point5 est de disposer d’un jeu de donnĂ©es consĂ©quent pour analyser les Ă©missions de la recherche française. A plus long terme, le collectif souhaite engager des rĂ©flexions pour rĂ©duire cette empreinte carbone. Le laboratoire LOCEAN, en avance de deux ans, montre l’exemple en votant tout juste un programme de rĂ©duction.

3 questions Ă … Colin LemĂ©e
« Les doctorants sont plus enclins à développer des troubles mentaux »

PrĂ©sident de l’association Doctopus – un mini-observatoire de la vie doctorale – Colin LemĂ©e nous Ă©claire sur les troubles mentaux chez les doctorants.

Doctopus, ce sont des doctorants et docteurs en psychologie. 

Que doit-on comprendre du mot “déprimer” ? À l’université comme dans la recherche, tous les personnels font face à de très hauts niveaux de stress, et ça en permanence. Il est alors difficile de faire la différence entre un coup de déprime et un vrai trouble comme de la dépression. Qu’on soit doctorant, chercheur permanent ou temporaire, chacun peut être dépassé et connaître des périodes plus difficiles que les autres, par exemple liées à la rentrée étudiante ou à la soutenance. Pourtant, il y a des cas où cela devient une véritable souffrance qui s’installe sur le long terme.Les doctorants sont-ils plus à risque ? À l’international, il a été montré que les doctorants sont plus enclins à développer des troubles mentaux par rapport à l’ensemble de la population, mais également par rapport aux employés hautement qualifiés. Pourquoi ? Jusque-là, la plupart étaient des étudiants brillants et c’est la première fois qu’ils sont mis en difficulté, avec des objectifs qui ne sont pas forcément clairs. Si l’on ajoute d’autres difficultés comme l’insécurité financière ou un manque de soutien social, on comprend qu’ils peuvent être rapidement dépassés et que des troubles plus inquiétants peuvent s’installer.

Quelles actions prône Doctopus ? Dans les faits, les services de santé sont mal connus des doctorants et ils ne savent pas vers qui se tourner : vers les services de médecine pour les étudiants ou ceux pour les salariés, par exemple ? Nous montons donc des actions de sensibilisation et d’accompagnement afin d’aider les doctorants à identifier des signaux et à se diriger vers des services ou des ressources adéquates pour éviter qu’ils ne développent des problèmes de santé mentale.

Doctopus vient de sortir une Ă©tude qualitative sur la santĂ© mentale des doctorants – Ă  partir de l’enquĂŞte quantitative prĂ©sentĂ©e l’an dernier (on vous en parlait dans TMN). Selon Colin LemĂ©e, « il faudrait un organisme capable d’aller plus loin que Doctopus pour faire l’état des lieux Ă  l’échelle nationale ». Les enquĂŞtes en ligne, mĂŞme si elles ne peuvent pas remplacer un diagnostic, sont des outils indispensables pour mesurer l’ampleur du problème.

Des infos en passant //////// Les vieux schĂ©mas se rĂ©pètent sur la carte du monde des revues //////// Des conseils pour enseigner masquĂ© devant des Ă©tudiants sourds //////// Covid : la politique libĂ©rale de l’individualisation du risque aurait amenĂ© la rĂ©ouverture des campus //////// For Better Science rĂ©vèle les fraudes du prix Nobel de mĂ©decine 2019 //////// Et un poster Ă  imprimer pour sensibiliser aux revues prĂ©datrices, par la RĂ©daction MĂ©dicale //////// L’Andès fĂŞte ses 50 ans jeudi prochain //////// Juste avant le passage de la loi recherche devant le SĂ©nat, une tribune de chercheurs demande des actions concrètes pour l’intĂ©gritĂ© (relire notre papier sur le sujet). //////// 

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Votre revue
de presse express

Et pour finir…
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Faire de l’art avec de la science ? Intitulée Figure 1. A., cette exposition d’art scientifique vient d’ouvrir à Lausanne. Vous pouvez également admirer en ligne les œuvres sélectionnées.

 

 

 

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