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[Courrier des lecteurs] Le CIR pour la recherche

 



Un courrier des lecteurs de… Patrice Petit

« Et si l’on attribuait le crĂ©dit impĂŽt recherche Ă  la recherche ? »

 Patrice Petit   est directeur de recherche au CNRS. Ce biologiste rĂ©agit suite au numĂ©ro d’OutsideLab du 9 juin 2021 sur le crĂ©dit impĂŽt recherche (CIR).

Et si l’on demandait au gouvernement et Ă  ses hauts fonctionnaires ENA-IGF et X-Mines d’inventer une autre façon de tricher et de dĂ©tourner les lois europĂ©ennes ?

Le nouveau rapport de France StratĂ©gie sur le CrĂ©dit impĂŽt recherche vient Ă©clairer l’échec de la recherche finalisĂ©e et conforter le prĂ©cĂ©dent rapport. Cette trĂšs importante niche fiscale de 6,8 milliards d’euros est totalement inefficace pour gĂ©nĂ©rer une activitĂ© de recherche et dĂ©veloppement en France. Et cela se sait dĂ©sormais !

Elle a mĂȘme un effet de levier nĂ©gatif lorsqu’elle influence mĂ©caniquement, la dĂ©pense intĂ©rieure de recherche et dĂ©veloppement (DIRD) qui, elle, n’a cessĂ© de diminuer pendant que le budget du CrĂ©dit impĂŽt recherche augmente sans cesse.

Ce dispositif grĂšve le budget de l’État. Il n’a jamais Ă©tĂ© conçu pour aider la recherche. Il s’agit purement et simplement d’un contournement des rĂšglements europĂ©ens sur les aides directes aux entreprises. Aussi, les conclusions du rapport qui vient de sortir sont-elles identiques Ă  celles du rapport prĂ©cĂ©dent !

Le dispositif est inopĂ©rant, voire mĂȘme toxique, et ne permet pas mĂȘme a minima de reconstituer un appareil industriel qui rĂ©ponde aux besoins de notre sociĂ©tĂ©. Alors pourquoi ce dispositif qui grĂšve le budget de l’État est-il maintenu ? Parce qu’il n’a jamais Ă©tĂ© conçu pour aider la recherche. Cependant sa suppression n’est pas envisagĂ©e car « cela dĂ©plairait aux investisseurs ».

« Affecter le CIR sous contrÎle des organismes de recherche »

Une manipulation des plus simples serait d’affecter le CIR aux organismes de recherche (CNRS, INSERM, INRIA, INRA…), ce qui correspondrait Ă  un refinancement de ces organismes, confortant leur existence, garantissant un puissant bond en avant et protĂ©geant dans la foulĂ©e leur l’indĂ©pendance. Cette dĂ©marche assurerait par lĂ  mĂȘme leur indĂ©pendance et leur dynamisme, coupant court au fait qu’ils soient devenus dĂ©sormais des pourvoyeurs de personnels sans avoir les moyens de leur politique scientifique. En bref, ce serait une vĂ©ritable rĂ©volution !

Et mĂ©caniquement, cela ferait disparaĂźtre l’ANR, structure tant contestĂ©e et opaque qui rĂ©git depuis quelques annĂ©es le pilotage de la recherche française et participe Ă  occuper les chercheurs Ă  des tĂąches de rĂ©daction incessantes (qui s’ajoute à la recherche de subventions diverses, nationales et europĂ©ennes, avec toute la lourdeur qu’elle comporte) et les Ă©loignent de la pratique scientifique stricto sensu. Ce qui permet aussi, de maniĂšre pernicieuse, la pĂ©nĂ©tration de « l’hydre » managĂ©riale (et son lot de politiques aux ordres) au cƓur des laboratoires, court-circuitant ainsi les sections scientifiques (« Ă©valuation par les pairs Ă©lus ou nommĂ©s »).

Cela changerait du dĂ©ficit de rationalitĂ© des politiques qui ont conduit en vingt ans au dĂ©crochage scientifique de notre sociĂ©tĂ©. Une vĂ©ritable cure de jouvence serait donc entreprise et l’avenir de la jeunesse qui piaffe aujourd’hui aux portes des organismes de recherche s’éclaircirait d’autant.

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