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22 mars 2021 /// Une innovation décryptée 

Retour
de hype

Adulescence. On n’est peut-ĂŞtre pas sĂ©rieux quand on a 17 ans mais la vingtaine passĂ©e, tout change. C’est aussi le cas de cet enfant terrible qu’est la microfluidique.

Des hauts et dĂ©bats. Ce domaine de recherche (â–Ľon vous explique toutâ–Ľ) ne connait pas la crise — et a mĂŞme survĂ©cu Ă  un scandale —, avec de nouvelles applications aussi enthousiasmantes qu’Ă  ses dĂ©buts.

Ligne d’horizon. Energies nouvelles, organes sur puce… en somme, la microfluidique renait prĂ©cisĂ©ment de lĂ  oĂą elle est nĂ©e : l’interdisciplinaritĂ©. Un retour aux sources.

Bonne lecture,
Laurent de TheMetaNews

 PS  Merci Ă  StĂ©phanie Descroix, Perrine Franquet, Pierre Joseph (le cycle du hype !), Patrick Tabeling et Ă  l’IPGG de m’avoir Ă©clairĂ© sur le sujet.

Si vous n’avez que 30 secondes


5 min dans l’infiniment fluide

Trois questions Ă  Jacques Lewiner

« Le basculement a commencé »

Vingt ans et toutes ses dents, l’analyse d’un secteur toujours fĂ©cond par un spĂ©cialiste de l’innovation. 

A l’avant-garde depuis toujours

La microfluidique a dĂ©jĂ  vingt ans, d’oĂą vient-elle ?
La microfluidique est effectivement née il y a une bonne vingtaine d’années sous l’impulsion de quelques pionniers aux USA. La France a très vite été bien placée grâce à des chercheurs comme Pierre-Gilles de Gennes et de son intérêt pour la matière molle [en voici une définition, NDLR]. Compte tenu des très petites quantités de fluides manipulées, il fallait adapter les lois bien établies de la mécanique des fluides. C’est aux USA il y a plus de dix ans qu’ont été lancées les premières start-up, à Harvard, Stanford ou Princeton, une époque où il y avait encore de nombreux obstacles sur la route des chercheurs entrepreneurs en France.

Pourquoi cet engouement ?
Très vite, on a compris que cette capacitĂ© Ă  dĂ©placer de petites particules  (…) ouvrait la voie Ă  de nombreuses applications. On peut crĂ©er une gouttelette dans un fluide porteur et y inclure ce qu’on veut (un virus, du parfum, de la peinture…). Pour la recherche sur les mĂ©dicaments, on utilise des robots qui testent de nouvelles molĂ©cules Ă  raison de quelques Ă©chantillons par seconde (…) Si on utilise des gouttelettes entraĂ®nĂ©es dans un petit canal, on peut traiter des milliers d’Ă©chantillons par seconde ! Le gain en temps ou en quantitĂ© de matière est Ă©norme… et les coĂ»ts sont diminuĂ©s.

Quel avenir lui prédisez-vous ?
La microfluidique va Ă  coup sĂ»r se dĂ©velopper. Le basculement a commencĂ© Ă  se faire avec des ”big pharma“ qui regardaient cela de loin jusqu’à prĂ©sent mais investissent maintenant le secteur. Des start-up se sont dĂ©veloppĂ©es, par exemple Fluidigm, Capsum, Fluigent et bien d’autres. Une nouvelle technologie met toujours un peu de temps Ă  s’imposer mais une innovation qui apporte des avantages objectifs est vouĂ©e Ă  rĂ©ussir, surtout si son impact environnemental est positif ce qui est le cas avec la microfluidique.

 Des infos en vrac  L’EM Normandie a lancĂ© son blog consacrĂ© Ă  la recherche et, ma foi, il vaut le coup d’Ĺ“il avec de nombreux articles aux sujets accrocheurs //////////// Le 15 mars Ă  18h30 auront lieu les TrophĂ©es Innovation OcĂ©an si vous avez le temps d’y jeter une oreille /////////// Le rapport d’activitĂ© 2020 de l’Inria est sorti et il y est Ă©videmment question d’innovation ///////////

Tout vient de la paillasse

La microfluidique sort de l’adolescence

Les applications se multiplient dans des domaines parfois insoupçonnés.

Laisse venir l’avenir. Dès son origine, deux voies de recherche coexistaient sans forcĂ©ment communiquer beaucoup : acadĂ©mique d’une part, industrielle de l’autre (peinture en spray, imprimante Ă  jet d’encre…), rappelle George Whiteside. Aujourd’hui se dĂ©veloppent plusieurs voies :
  •  Les analyses biologiques  C’est l’espoir historique de la microfluidique : pouvoir analyser un prĂ©lèvement de petite taille. L’innovation est toujours très active dans ce domaine et arrive au stade de la production : Adelis et Inorevia, Stilla technologies, par exemple.   
  •  L’Ă©nergie bleue  Beaucoup plus fondamentale, cette voie consisterait en substance Ă  rĂ©cupĂ©rer de l’Ă©nergie grâce Ă  de l’eau salĂ©e : la puissance osmotique. On parle cette fois de nanofluidique. Une start-up pour l’exemple : Sweetch.

Un chiffre plutĂ´t qu’un long discours

16 milliards 

Interdisciplinaire par excellence. La microfluidique reprĂ©sente aujourd’hui un marchĂ© de 16 milliards de dollars et certainement de 44 milliards en 2025, en raison de ses applications dans la santĂ©. La communautĂ© microfluidique est forte de 700 chercheurs en France (10 000 dans le monde). L’Institut Pierre-Gilles de Gennes en est le fer de lance dans l’Hexagone.

Un trombi non exhaustif 
 Le pionnier.  Les travaux du chercheur touche-Ă -tout George Whiteside (Harvard) sont considĂ©rĂ©s comme fondateurs de ce qui ne s’appelait pas encore la microfluidique. Son laboratoire a prĂ©parĂ© le terrain Ă  de nombreuses applications, parfois dĂ©veloppĂ©es par d’autres. Le visionnaire.  George Manz est un chercheur suisse qui a Ĺ“uvrĂ© toute sa carrière entre l’industrie et l’acadĂ©mie. Il est le premier Ă  avoir thĂ©orisĂ© le concept de laboratoire sur puce (“lab on a chip”) depuis les annĂ©es 90, peu après son doctorat Ă  l’EPFL de Lausanne.

 Le passeur.  Les travaux de Pierre-Gilles de Gennes (prix Nobel de chimie 1991) sur la matière molle (▲voir interview▲)  ont pavé la voie à la microfluidique en France. Un institut consacré au sujet et portant son nom plaque tournante du domaine, a été créé en 2010.

 La scandaleuse.  9 milliards de dollars, c’Ă©tait la capitalisation de Theranos juste avant sa chute. Dirigé par Elisabeth Holmes, cette start-up voulait rĂ©volutionner le secteur de l’analyse sanguine grâce Ă  la microfluidique. Il s’agissait d’une escroquerie rĂ©sumĂ©e dans ce livre.

 La startuppeuse.  Avec au départ la même promesse que Theranos — réduire la quantité de sang nécessaire pour une analyse —, la société Fluigent dirigée par France Hamber commercialise du matériel destinée à ces analyses microfluidiques.

Ils parlent d’inno (alors on vous en parle)

Et pour finir
—

Cette vidĂ©o est celle d’un organoĂŻde artificiel, une glande lacrymale reproduite en laboratoire qui, oui, est en train de pleurer (Via Nature et Cell Stem Cell). Presque de la microfluidique, donc.

 

 

 

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