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08 septembre 2021 | La recherche et sa politique

Prime
au premier

Rituel estival. C’est au plus profond de l’Ă©tĂ© que sort tous les ans le classement de Shanghai, la course mondiale de petits chevaux de la recherche oĂą les premiers sont appelĂ©s Ă  le rester.

Tout change… Depuis 2019 et certainement jusqu’Ă  la fin des temps, cette sortie s’accompagnera des hourras de Paris Saclay, de l’autosatisfecit du ministère de la Recherche et des fĂ©licitations prĂ©sidentielles.

Pour que plus rien ne change. Aux suivants dans le classement resteront les doutes sur la méthodologie en cas de rétrogradation ou le communiqué de presse en cas de progression.

Ordre de grandeur. Rappelons que le seul budget d’Harvard, immarcescible première du classement depuis sa crĂ©ation, Ă©quivaut Ă  celui de toute la recherche française.

Keep calm & science hard,
Laurent de TheMetaNews

 PS.  Merci Ă  Daniel Egret, FrĂ©dĂ©rique Bordignon, Catherine Paradeise, Carine Dou Goarin d’avoir Ă©clairĂ© ma lanterne sur le sujet.

Le programme du jour
  • La France vue de Shanghai est-elle toujours une paillette ?
  • Des infos en passant (mais d’importance)
  • Shanghai, une passion française, par Catherine Paradeise
  • Les chaises musicales de l’ESR
  • Et pour finir en queue de cochon


A partir d’ici 5 minutes intenses

La France vue de Shanghai

Pourquoi ce classement reste hégémonique malgré les critiques.

Festival estival. Avec la publication du classement THE (Times Higher education) — oĂą Oxford, universitĂ© anglaise est sacrĂ©e première de ce classement britannique — le 1er septembre s’est clĂ´t la saison des rankings universitaires. Auparavant Ă©taient en effet parus Shanghai et QS (MIT arrive en tĂŞte), formant avec THE le triumvirat qui règne au niveau mondial.

Le secret de la rĂ©ussite. Outre QS et THE intĂ©grant la formation, il existe une flopĂ©e de classement plus axĂ©s recherche (Leiden, NTU, CWUR…) dont pas grand monde n’entend parler. Trois raisons Ă  cela :

  •  Shanghai est le plus ancien.  CrĂ©Ă© en 2003, ses règles de notation n’ont presque pas changĂ© depuis, rendant la comparaison entre les annĂ©es possible.
  •  Shanghai est simple.  Contrairement Ă  certains de ses camarades (QS et THE par exemple), les Chinois procèdent Ă  une moisson automatisĂ©e des donnĂ©es, sans intervention des universitĂ©s.
  •  Shanghai est transparent.  La moisson de donnĂ©es se fait sur les bases de donnĂ©es privĂ©es (Web of science, Clarivate…) ou publiques (OpenData) et la mĂ©thodologie est publique.
La prise de la pastille. Si la France est aujourd’hui un peu plus qu’une pastille vue depuis Shanghai, pour reprendre les mots de Geneviève Fioraso en 2013, elle doit beaucoup Ă  l’aventure Paris Saclay, aurĂ©olĂ©e cette annĂ©e d’une 13e place mondiale, qui aura nĂ©cessitĂ© un dĂ©placement de FrĂ©dĂ©rique Vidal en Chine pour en plaider la cause, ainsi que celles des autres regroupements.

Saclay qui cache la forĂŞt. L’aboutissement de presque vingt ans de fusions Ă  marche forcĂ©e, le gigantisme et l’excellence pèsent lourd dans ce classement. Mais aussi un paravent Ă  d’autres indicateurs, qui sont eux moins bons : – 4,7% de publis selon Nature pour la France en 2021, par exemple. Un chiffre peut en cacher un autre.

  Et maintenant ?  Certainement plus grand chose. Maintenant que les regroupements (Saclay, PSL, SorbonneU, UniversitĂ© de Paris…) sont pris en compte, la mobilitĂ© interne au sein du classement sera faible. Quant Ă  Paris Saclay, elle aura dĂ©jĂ  fort Ă  faire pour se maintenir. Sylvie Retailleau, sa prĂ©sidente, tĂ©moigne :

« IntĂ©grer le top 10 ? Nous avons d’abord besoin de stabilitĂ©. Avec notre budget, cette 13e place est dĂ©jà une belle performance »
Rendez-vous l’annĂ©e prochaine. On peut donc dĂ©jĂ  prĂ©dire les rĂ©sultats de Shanghai 2022 : ce sont ceux de 2021, Ă  peu de choses près et sauf Ă©vènement extraordinaire, comme la crĂ©ation de l’UniversitĂ© France. Car si « la taille ne fait pas tout », comme nous le confiait Sylvie Retailleau en 2020, cette superstructure exploserait les scores Ă  Shanghai… mĂŞme si elle n’est aujourd’hui qu’une provocation. 

Prime Ă  la classe
Contrairement Ă  une idĂ©e reçue assez rĂ©pandue, la note de Shanghai ne prend en compte les performances par chercheur — par exemple le nombre de prix divisĂ©s par le nombre total d’employĂ©s — que pour une partie minime de la note (10%). Purement quantitatif (consulter la mĂ©thodo), le classement de Shanghai bonifie la prĂ©sence de chercheurs rĂ©compensĂ©s par des prix internationaux (Nobel, Abel, Fields…) ou les highly cited en valeur absolue. Parmi eux, Ă©videmment, les Nobel cristallisent toutes les attentions :
  • Nobel dĂ©rangeant. Pourtant mal classĂ©es Ă  Shanghai, les Ă©tablissements de l’Empire du milieu ne pourront compter sur le prix Nobel de la Paix 2010 du dissident Lu Xiao Bo mystĂ©rieusement (mĂŞme si on en cerne bien les raisons) non comptabilisé pour l’universitĂ© de Jilin ou celle de PĂ©kin, oĂą il a Ă©tudiĂ©.
  • RĂ©compense Ă  retardement. Le prix Nobel d’Emmanuelle Charpentier, Ă©tudiante il y a 25 ans Ă  Paris 6, a fait gagner trois places Ă  Sorbonne UniversitĂ© cette annĂ©e.
  • Le grand bond. Aix Marseille UniversitĂ© est la seule dans les 200 premières Ă  n’avoir aucun point dans le critère des Prix Nobel et mĂ©dailles Fields. Si elle en comptait un, elle gagnerait trente ou quarante places.
  • A qui appartient Einstein ? La partition de l’Allemagne a entrainĂ© la crĂ©ation de deux universitĂ©s Ă  Berlin — Humboldt et Freie —, l’une et l’autre rĂ©clamant logiquement l’attribution du prix Nobel du cĂ©lèbre Albert (qu’il n’a d’ailleurs pas eu pour la relativitĂ©). En bisbilles depuis, elles n’apparaissent toujours pas dans le classement.

 Des infos en peu de mots  C’est un anniversaire que beaucoup n’aimeront pas lui souhaiter mais voilĂ  : Sci Hub a dix ans et en profite pour publier 2 millions d’articles. La mise Ă  jour s’Ă©tait ralentie suite Ă  une plainte indienne maintenant expirĂ©e //////////

« Shanghai est une vache sacrée en France »

La sociologue Catherine Paradeise analyse l’impact de ces classements au niveau mondial.

Comment les universités grimpent-elles à Shanghai ?
L’inertie est en fait très forte au sein des classements. La bagarre se joue essentiellement en leur milieu, chaque universitĂ© qui se voit contrainte d’entrer dans le jeu (…) cherchant Ă  amĂ©liorer son score sur les indicateurs sĂ©lectionnĂ©s par tel ou tel outil d’évaluation. On a ainsi vu Ă  travers le monde nombre d’universitĂ©s recruter Ă  prix d’or de gros publiants, chercher Ă  amĂ©liorer la diversitĂ© de genre, d’origine gĂ©ographique ou de couleur de leur corps professoral, etc., mais aussi faire valoir la qualitĂ© hĂ´telière de leurs campus ou leurs Ă©quipements sportifs.

Quels effets pervers ces classements ont-ils ?
L’évaluation de la qualité par le nombre a produit nombre d’effets, parfois pervers. En particulier en mettant au centre du jeu des carrières individuelles et du prestige collectif le nombre de publications dans les revues identifiées comme majeures dans les divers secteurs disciplinaires. En favorisant la quantité, le goût immodéré du classement a fait de la course à la publication un objectif en soi, orientant les choix des sujets de recherche et les tactiques de publication vers les plus rapidement productifs en articles.

Pourquoi en fait-on si grand cas dans l’Hexagone ?
La France souffrait du handicap de la segmentation de ses universités par grands secteurs disciplinaires dans les années post-68, qui avait visé à faire face à la massification rapide de l’enseignement supérieur. Cela contribuait de façon importante à la grande médiocrité du positionnement de ses universités dès le premier classement de Shanghai en 2003. Ce fut un choc énorme dans notre pays. Le classement de Shanghai est devenu une espèce de vache sacrée en France, alors que son caractère unidimensionnel fournit une image simple voire simpliste de la « performance » des universités.

  Ils refont leur carte de visite (1)  Christophe Besse, professeur de mathĂ©matiques appliquĂ©es Ă  l’universitĂ© Paul Sabatier (Toulouse-III), est nommĂ© directeur de l’Insmi du CNRS /////// CNRS toujours : la philosophe Marie Gaille est nommĂ©e directrice de l’Institut des sciences humaines et sociales Ă  compter du 1er septembre /////// Magali Stoll est promue directrice gĂ©nĂ©rale adjointe de l’IGN /////// Mireille Bacache-Gibeili est nommĂ©e membre du conseil d’orientation de l’Agence de biomĂ©decine, pour trois ans /////// Christine Noiville est Ă  nouveau nommĂ©e prĂ©sidente du Haut comitĂ© pour la transparence et l’information sur la sĂ©curitĂ© nuclĂ©aire, dont on connait Ă©galement la composition /////// Julien Benini, contractuel, est nommé directeur gĂ©nĂ©ral des services (DGS) de Paris I PanthĂ©on-Sorbonne ///////

On vous a transféré ce mail ? On est flatté. Pourquoi ne pas nous tester gratuitement maintenant ?

 Ils refont leur carte de visite (2)   SĂ©bastien Maret remplace Martina Wiedner au conseil national des astronomes et physiciens /////// DGS toujours mais Ă  l’universitĂ© du Mans avec la nomination de Pierre-Louis Patas d’Illiers /////// Ghislain Montavon est nommĂ© directeur de l’universitĂ© de technologie de Belfort-MontbĂ©liard /////// HervĂ© Tilly est nommĂ© inspecteur gĂ©nĂ©ral de 1re classe Ă  l’IGESR /////// Pascaline Toutois est nommĂ©e dĂ©lĂ©guĂ©e rĂ©gionale acadĂ©mique adjointe Ă  la recherche et Ă  l’innovation pour la rĂ©gion Grand Est ////// StĂ©phane Cordier est nommĂ© dĂ©lĂ©guĂ© rĂ©gional acadĂ©mique Ă  la recherche et Ă  l’innovation pour la rĂ©gion Centre-Val de Loire /////// Cyril Moulin est nommĂ© reprĂ©sentant du ministre chargĂ© de la recherche au CA de l’Inrae /////// JosĂ© Maria Asua Gonzales est nommĂ© membre du conseil scientifique du CNRS au titre des personnalitĂ©s scientifiques Ă©trangères /////// Les fonctions de directeur de l’Observatoire astronomique de Strasbourg sont vacantes Ă  compter du 22 dĂ©cembre 2021 /////// 

Votre revue de presse express

Et pour finir

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On finit sur un GIF qui pourrait ĂŞtre l’allĂ©gorie d’une rĂ©solution de conflit acadĂ©mique. Un gif dĂ©nichĂ© par l’excellentissime SSAFT.

 

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