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🍀 Une loterie pour les financements ?



 

 

 

25 juin 2021 | La recherche et sa pratique 

Le numéro
gagnant

Imaginez un instant que votre candidature au prochain appel à projet de l’ANR fasse l’objet d’un tirage au sort. Inutile de se juger durement si vous n’avez pas été retenu, seul le hasard sera à blâmer.

Si le principe de la loterie a l’avantage de s’affranchir des biais humains comme ceux de genre ou des effets de mode, il nie la pertinence d’une sélection par un comité, rapport d’experts à l’appui. Que faire alors ? Un entre-deux est-il possible ?

Bonne lecture,
Lucile de TMN

 PS.  Les premiers rĂ©sultats de l’enquĂŞte que nous avons lancĂ©e sont en train de tomber et ils sont excellents : 90% d’entre vous sont satisfaits de TMN ! Si vous ne vous ĂŞtes pas encore exprimĂ© , il est encore temps de le faire.

 

 

 

Le menu en 30 secondes
  • Comment les Suisses ont recours Ă  des loteries
  • « Le système actuel est dĂ©jĂ  une loterie », pour Arturo Casadevall
  • Un outil pour partager votre code
  • Votre revue de presse express
  • Et pour finir sur un billet de banque

 

 

 


Cinq minutes de lecture au petit bonheur la chance


 

 

 

Une loterie mais avec parcimonie

 

 

 

L’agence de financement suisse a introduit le hasard dans ses appels d’offres.

 

 

 

Et le numĂ©ro complĂ©mentaire est le…

Laisser faire le hasard ? Ce n’est pas du tout l’intention du Conseil de la recherche du Fond national suisse (FNS) qui distribue des financements sur appel à projets, tout comme l’ANR en France. « Nous avons confiance dans le peer-review, c’est une approche qui marche, sauf dans quelques cas spécifiques », affirme Matthias Egger, président de l’agence helvète.

Pile ou face. Pourtant, la possibilité pour les comités de sélection de recourir à une loterie a été mise en place depuis 2018. Le projet pilote portait sur des bourses de mobilité pour les postdocs et a fait l’objet d’une publication. Le principe vient d’être étendu à tous les appels pour trier les bons projets, proches de la “funding line”, les plus difficiles à départager objectivement.

En pratique. Le comitĂ© de sĂ©lection examine les rapports des reviewers, Ă©limine les projets non compĂ©titifs, attribue les financements aux “excellents” puis recommence avec les suivants. « Il reste parfois cinq ou dix projets de qualitĂ© comparable, pour lesquels s’engagent de longues discussions et oĂą des arguments pas toujours acceptables sont Ă©changĂ©s », confie Matthias Egger.

Les dĂ©s sont jetĂ©s. D’oĂą l’introduction de la loterie, une solution auquel les comitĂ©s n’ont recours qu’Ă  la marge. « Certains comitĂ©s ont des problèmes avec cette approche mais la grande majoritĂ© y est favorable car elle est plus juste ». Et les chercheurs ? Selon Mathias Egger,

« L’acceptation est très élevée chez les chercheurs, notamment les jeunes. Ils préfèrent que l’agence confronte et développe une méthodologie qui prenne en compte l’aléatoire. »

Processus transparent. Quel que soit le résultat, les candidats sont informés s’ils ont été sélectionnés par le comité ou bien tirés au sort ainsi. Ainsi, même « si leur projet n’est pas ressorti de la loterie, ils savent qu’il était de qualité et qu’on aurait voulu le financer », explique le président du FNS. Les candidats malheureux pourront retenter la fois suivante, le taux de réussite étant aujourd’hui de 35 à 45% en Suisse.

 

 

 

 L’ANR envisage-t-elle le tirage au sort ?
L’an dernier, son PDG Thierry Damerval nous avait rĂ©pondu ceci : pour ĂŞtre « satisfaisant d’un point de vue scientifique, la dĂ©cision des comitĂ©s [doit] primer. La meilleure rĂ©ponse que je peux donner est l’augmentation des taux de sĂ©lection, comme nous le faisons ». RecontactĂ©e, l’ANR dit « rester sur sa ligne », tout en Ă©tant attentive aux expĂ©riences des autres agences.

 

 

 

 

Quatre questions Ă … Arturo Casadevall

 

 

 

« Le système actuel est déjà une loterie »

 

 

 

RĂ©duire les biais et favoriser la diversitĂ© en science, c’est le credo du biologiste Arturo Casadevall.

 

 

 

Ce chercheur américain siège
au conseil scientifique de l’institut Pasteur

Votre point de vue a-t-il changé depuis votre proposition de loterie en 2014 ?
Non, je suis même encore plus convaincu que le classement des candidatures pose un réel problème dans la recherche. Les comités d’évaluation distinguent très bien les bons projets scientifiques des mauvais mais à partir du moment où ils doivent les classer, des biais apparaissent, souvent inconsciemment. Les femmes, les minorités, les sujets moins à la mode ou les institutions moins prestigieuses en payent le prix.

Quel système préconisez-vous ?
Le système actuel est dĂ©jĂ  une loterie mais une loterie sans hasard – comportant donc des biais. Dans le système que nous avons proposĂ© [similaire Ă  celui qui a Ă©tĂ© mis en place en Nouvelle-ZĂ©lande, NDLR], le peer-review serait toujours prĂ©sent et aurait pour rĂ´le de sĂ©lectionner un nombre de projets acceptables [Ă©quivalent à deux ou trois fois le nombre de bourses, NDLR]. La loterie permettrait ensuite la sĂ©lection parmi ceux-ci ; l’exemple de la Nouvelle-ZĂ©lande est très encouragent [deux tiers des participants sont d’accord avec le principe, NDLR].

Avez-vous essuyé beaucoup de refus en tant que candidat ?
La plupart de mes demandes de financement échouent ! Je suis tout de même un chercheur bien établi. Le système me profite donc plus qu’à d’autres et je vois le mal qui est fait à la science dans son ensemble. Le classement par les comités d’évaluation renforce le statu quo et ne permet pas de faire ressortir les projets les plus innovants. Si je vous demande de choisir deux sujets parmi cinq, vous allez certainement choisir ceux que vous connaissez le mieux, mais pas forcément les plus intéressants.

 

 

Vous voulez réagir ? On vous lira

 

 

Un outil dans la boîte

 

 

 

Partagez votre code

 

 



 

Ce code-lĂ  reste secret
 Le Word du code.  Connaissez-vous les notebook ? Si vous codez un peu (typiquement pour traiter vos données), voici qui peut vous intéresser ! Véritable article exécutable ou carnet actif, les notebook permettent à la fois de coder, de visualiser les résultats mais surtout de commenter pas à pas. Idéal donc pour l’enseignement ou le partage de vos travaux pour contribuer à la reproductibilité. En fonction de votre langage préféré, vous pouvez choisir entre les outils open source Jupyter (pour Julia, Python ou R), R Markdown (pareil mais prend aussi en charge C++ ou SQL) ou Observable (Javascript). A vous les belles visualisations à partager !

 

 

 

 

 Des infos en passant   L’association Citizen4Science (dans TMN en janvier dernier) demande aux ministres Olivier Véran et Frédérique Vidal des réponses dans l’affaire Raoult-Bik //////// L’excellence en recherche vue par les pays du Sud dans cet e-book écrit par un collectif de chercheurs et traduit en français //////// 

 

 

 

Cher abonné, au risque de nous répéter : on compte sur vous pour compléter ce questionnaire sur notre média (cinq minutes !)

 

 

 

//////// Première école d’été de l’Irafpa pour devenir un « Conseiller en intégrité » exerçant dans un environnement académique en juillet prochain //////// Les médias citent plus les publications en open access, montre un article de Quantitative Science Studies //////// La tribune de RogueESR appelant à réouvrir les universités pour de bon en septembre a obtenu plus de 2 300 signatures ////////

 

 

 

 

Votre revue de presse express

 

 

 

 

 

Et pour finir…
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Le célèbre Alan Turing (un des pères de l’IA dont on vous parlait ici) arrive sur les nouveaux billets de 50£ édités par la Bank of England. Le musée Bletchley Park, historique site de décryptage britannique au sein duquel Turing a travaillé, célèbre l’événement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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