InsideLab

🍀 Ca déménage sur le plateau



 



23 octobre 2020 /// L’actu des labos

Au sommet d’une
montagne sacrée

Le projet du tĂ©lescope gĂ©ant sur le volcan Mauna Kea Ă  Hawaii est un rĂ©el dilemme. Culminant Ă  plus de 4000 mètres, c’est un des meilleurs sites d’observation au monde. Mais il est Ă©galement sacrĂ© pour les autochtones hawaĂŻens. Les nĂ©gociations sont toujours en cours.

La construction de site et d’instrument de recherche doit-elle primer sur l’environnement et les populations locales ? C’est cette question que je me pose aujourd’hui Ă  travers l’exemple des infrastructures de Paris Saclay et de son emblĂ©matique ligne 18.

Bonne lecture,
Lucile de TMN

 

Chacun cherche son chat (de Schrödinger). Mais ThĂ©au Peronnin l’a peut-ĂŞtre trouvĂ© grâce Ă  sa start-up Alice&Bob. Episode 3 du DĂ©clic #deeptech . 

  << Ecoutez son témoignage >>  


4 minutes de lecture très locales


Un métro nommé désir 

La ligne de métro 18 « spéciale chercheurs » du plateau de Saclay divise. Enquête au moment où les premiers coups de pelle sont donnés.

Un vieux projet qui vient pourtant de naître
La seule solution. A l’heure oĂą des hordes de chercheurs continuent Ă  dĂ©barquer sur le plateau de Saclay, tout le monde rĂ©clame de nouveaux moyens de transports (Sylvie Retailleau la première dans notre interview à relire). La solution ? Une ligne de mĂ©tro, la 18ème du nom (oui, il y en a bien 17 autres), dont les premiers coup de pelles devaient ĂŞtre donnĂ©s cette semaine… mais les travaux sont bloquĂ©s par des militants Ă©cologistes.

Pas au courant. « Chercheurs, enseignants et Ă©tudiants sont très mal informĂ©s », affirme Fabienne MĂ©rola qui travaille sur le campus. Pour la chimiste, cette ligne ne remplirait pas leurs besoins. Pourquoi ? « Elle reliera quelques sites du plateau au RER B (Ă  Massy) mais des bus en site propre le font dĂ©jĂ  – voire mieux grâce au cabotage [qu’est-ce que le cabotage, NDLR]. » Mais surtout, les consĂ©quences environnementales pourraient ĂŞtre très nĂ©fastes.

« Nous avons utilisé tous les moyens démocratiques mais nous n’avons jamais été entendus. »
Cristiana Modica-Vandame, habitante du plateau de Saclay
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Un bilan (trop) positif. Quel bilan carbone pour la nouvelle ligne de mĂ©tro ? Aucune Ă©tude n’a Ă©tĂ© publiĂ©e, peut-ĂŞtre parce que son empreinte carbone ne sera semble-t-il jamais compensĂ©e. DĂ©jĂ  en 2011, Carbone4 prĂ©conisait de renforcer les lignes existantes plutĂ´t que de creuser de nouveaux tunnels. Puis il y a deux ans, Pascal Auzannet s’interrogeait : « fallait-il pour autant un mĂ©tro lourd, comme sur les autres lignes, avec le risque de surcapacitĂ©s ? »

Terres à manger. C’est le nerf de la guerre depuis le début du projet. Sur le plateau de Saclay, les terres de qualité se prêtent à l’agriculture. En 2010, des zones ont été sanctuarisées (dont une grande partie des terres agricoles). Mais il semble inéluctable pour beaucoup que l’apparition du métro – à capacité surestimée – engendrera une augmentation des flux, des développements urbains et donc un grignotage supplémentaire des terres.

« Si c’est pour avoir quelque chose de plus prestigieux… en avons-nous rĂ©ellement besoin ? »
Fabienne MĂ©rola, chercheuse sur le campus de Paris-Saclay
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Agriculteurs désabusés. La famille Vandame cultive le blé sur le plateau : Emmanuel dénonce le découpage de leurs parcelles par le futur métro. Sa femme, Cristiana comprend la nécessité d’urbaniser une partie du plateau pour la recherche mais se désole du désintérêt qu’on porte à leurs messages : « Nous avons utilisé tous les moyens démocratiques – concertations, enquêtes… –  mais nous n’avons jamais été entendus. » Ils accueillent des militants écologistes sur leur terrain.

Obsolescence programmĂ©e. « Si c’est pour avoir quelque chose de plus confortable, de plus prestigieux… en avons-nous rĂ©ellement besoin ? », questionne Fabienne MĂ©rola. Dans le contexte de crise environnementale et sanitaire, Ă  l’heure oĂą l’on aime Ă  (re)parler d’autosuffisance alimentaire et de productions locales, ce projet pharaonique peut sembler venir d’un autre temps.

Paris-Saclay en quelques chiffres

Un chiffre

 9500 euros 

C’est le prix pour publier en open access dans Nature pour les chercheurs allemands. L’accord, signĂ© en janvier entre la maison Springer et les bibliothèques du Max Planck en Allemagne, vient d’ĂŞtre rendu public. Et il ne fait pas l’unanimitĂ©.

3 questions Ă … Cyril Girardin
« Onze ans à programmer ce déménagement »

IngĂ©nieur de recherche Ă  l’Inrae, Cyril Giradin doit dĂ©mĂ©nager sur le plateau de Saclay – 40 km plus loin – d’ici 2022. Ca ne l’enchante pas.

CGT, AMAP… Cyril Girardin est engagĂ© de partout. 
Quelles sont les conséquence du déménagement pour vous ? C’est une catastrophe au niveau humain : plus d’un quart des effectifs ne pourront pas suivre – pour des raisons familiales ou financières car l’immobilier est très cher autour de Saclay. C’est aussi un énorme coût pour nos recherches qui sont en pause – nous n’avons pas pris de nouveaux étudiants en thèse. Enfin, certains équipements – comme nos chambres de culture – ne seront pas déménagés et c’est à nous d’en financer de nouvelles.

Que vous inspire le pôle scientifique de Saclay ? Depuis la première réunion en 2011, j’aurai passé onze ans à programmer ce déménagement, alors que nos bâtiments datant de 2002 et 2009 sont très bien. Pour énormément de scientifiques dont le prix Abel Yves Meyer, concentrer les recherches sur le plateau de Saclay n’a pas de sens. Je ne crois pas à l’effet machine à café sur un campus de sept kilomètres de long… C’est une débauche de moyens qui auraient pu être mis dans la recherche.

Pourtant, vous collaborez avec des chercheurs du plateau, non ? Oui et nous n’avons pas attendu d’y ĂŞtre. Depuis 2012, le LabEx BASC regroupe 14 laboratoires – de l’agronomie aux sciences sociales – pour dĂ©velopper des axes de recherche comme l’agro-Ă©cologie. Via l’association Terre&CitĂ©, nous Ă©changeons Ă©galement avec des agriculteurs. Un exemple est l’étude d’alternative aux engrais minĂ©raux pour l’apport d’azote, notamment par les dĂ©chets organiques qui sont par ailleurs un problème. Le territoire de Saclay est un site d’étude privilĂ©giĂ©.

Des infos en passant //////// L’ANR sort un nouvel outil pour la gestion des projets financés. Avis aux directeurs et personnels administratifs //////// Six ans pour retirer un article ? Elisabeth s’impatientait et elle le raconte à Retraction Watch  //////// Comme Youtube ou Facebook, la plateforme arXiv a maintenant son algorithme de recommandation de preprints //////// Les inconvénients de publier en anglais, une étude sur des biologistes colombiens //////// 

On vous a transfĂ©rĂ© ce mail ? On est flattĂ©. On le serait encore plus si vous acceptiez de nous tester : cliquez ici ou rĂ©pondez “oui” Ă  ce mail.

Votre revue
de presse express

Et pour finir…
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De l’importance de ne pas tronquer une citation ! Ce post de l’excellent groupe Facebook .

 

 

 

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